LE ROI CAROTTE

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[Armand – 2015]

« A bas le tyran, A bas, à bas, le charlatan ! Carottes, radis, légumes maudits, réduisons tout en purée, en salmis ! « .

C’est ainsi que se termine cet opéra avec l’image du tyrannique Roi Carotte passé au moulin à légumes géant sur la scène. J’ai tout aimé, la musique, les solistes, les choeurs, les décors, les costumes, Un an après, cette entraînante chanson résonne toujours en moi. J’avais 14 ans et c’était la première fois que j’assistais à un opéra.

Depuis cette expérience inoubliable, j’essaie d’assister à toutes les représentations de l’Opera de Lyon avec ma mère. Et quel plaisir !

Merci à M. Dorny, merci à l’équipe de l’Opera de Lyon pour cette magnifique découverte !

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Souvenirs de figurantes

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[Anne, Martine et Maryse – 2012]

Tiens ! Pourquoi je reçois ce mail ? être figurante à l’Opéra ?! participer à un casting ?!
Même pas en rêve ! Je ne réponds pas. L’été arrive, j’oublie…et à la rentrée, je reçois…le
même mail. J’ai peine à croire que des centaines de personnes n’aient pas saisi l’occasion
mais après tout, elles ont peut-être réagi comme moi…

Cette fois, sans rien dire à personne – pour ne pas faire doucement sourire – je réponds.. et je
suis invitée à me présenter à une première séance de casting.

Comment m’habiller, me coiffer ? qui veut-on ?. comment les gens sont choisis ? Est-ce que
je ressemble à ma photo ? Je vais les décevoir et ce sera vite réglé. Toutes ces questions et idées fusent dans ma tête et je vais à l’Opéra dans mes petits souliers.

Cette fois, c’est par l’entrée des artistes que j’ai le « droit » de passer ! – pour combien de
temps ?

Je découvre petit à petit les arrières, ce qui reste caché au grand public, sauf le jour des « portes ouvertes ». Nous montons dans les étages : l’aventure commence…mais que nous sommes nombreux : que des gens plus jeunes, plus beaux, plus élégants, plus dynamiques, plus souriants, plus assurés, plus expérimentés, plus… Bref, aucune chance. Je vais bien vite retomber sur terre. Heureusement que je n’y croyais pas !

Mais si c’était ma force par rapport à tous ceux qui sont visiblement des « habitués » du spectacle et racontent haut et fort leurs expériences multiples ! Je me fais plutôt petite souris.
Une fois dans la salle, nous sommes immédiatement accueillis, pris en charge. Tout est organisé, réglé, « orchestré » et la séance commence. Surprise ! on ne nous demande rien d’extraordinaire. Je sais faire – à peu près – ce que l’on nous demande et je me prends au jeu :
jouer à 1,2,3 soleil, danser, courir, sauter, mimer la tristesse… J’oublie très vite qu’autour de la salle, plusieurs personnes nous regardent, nous jaugent et je joue, j’oublie l’enjeu, je me fonds dans le groupe, y trouve une place.. ; et je suis retenue pour l’étape suivante.

Le souvenir le plus intense que j’ai gardé de ces mois merveilleux – mais ô combien épuisants
-, c’est la scène finale du Messie : cent personnes debout sur la scène qui chantent à pleins
poumons, mes oreilles en vibraient pendant des heures après chaque représentation. Avoir été
au beau milieu de ces solistes, de ces choristes, avoir partagé des dizaines d’heures de
répétition et vu se construire pas à pas un spectacle, avoir découvert comment travaille un
metteur en scène d’opéra qui cherche une idée, la concrétise en plaçant les différents interprètes d’une manière, puis d’une autre, leur donnant des consignes qui évoluent, se
contredisent parfois et qui modifie encore une fois, revient en arrière, ajoute, retire… : solistes, choristes, danseurs, enfants, community chorus, tous, nous étions le matériau vivant
qu’elle avait à sa disposition pour réaliser son œuvre. Nous nous pliions à la volonté de
Deborah qui regarde l’effet obtenu, réfléchit, corrige, discute avec son assistant avant de fixer
la version définitive du spectacle.

Combien c’était exaltant ! quel émerveillement de voir – de vivre – comment un spectacle
« découpé « en morceaux pour être travaillé est assemblé dans les tout derniers jours ! Cela
m’a fascinée ! Et j’ai envié par moments les régisseurs de plateau qui assistent les metteurs en
scène et veillent soir après soir à ce que le spectacle se déroule comme prévu.

Je connais maintenant ce qui se cache / ceux qui se cachent dans les coulisses, dans les
entrailles de l’opéra et y pense à chaque fois que je vois un spectacle.

Anne


 

En août 2012 je reçois, comme tant d’autres, une newsletter de l’Opéra de Lyon avec une demande étonnante : « « L’opéra de Lyon et Déborah Warner metteur en scène, recherchent des bénévoles pour participer au spectacle Le Messie de Haendel….. » ».
Je lis une 1ère fois, incrédule : non ce n’est pas possible…je relis une 2ème fois, et encore, encore. J’avais un rêve depuis des années : celui de voir à l’Opéra de Lyon, une répétition dans les coulisses et dans la salle, mais là ce sont 1000 rêves …
Je ne peux pas laisser passer une telle opportunité, et, entre excitation, fébrilité et moult idées, j’envoie ma candidature, puis attends la réponse. Sans trop d’espoir, pour ne pas être déçue, car ma photo est minable, d’autres seront tellement mieux, et combien vont postuler ? sans doute un très grand nombre. Et voici qu’après une dizaine de jours, un appel téléphonique m’annonce que j’ai été retenue pour passer le casting. Allez, on se calme et on se prépare.
J’arrive bien sûr en avance, comme d’autres. Nous nous saluons et nous regardons aussi discrètement que possible. En les observant, je considère qu’elles et ils ont tous plus d’atouts : un regard ou un visage expressif, une façon particulière de s’habiller, une allure originale ; et les hommes, de toute façon moins nombreux, ont davantage de chance entre eux.
Nous sommes accueillis par la metteur en scène Déborah Warner et ses collaborateurs. Il nous est demandé de réaliser divers déplacements, d’occuper l’espace, de gérer des situations de relations les uns par rapport aux autres, permettant de se fondre en groupe, de faire corps. Deborah Warner et son équipe scrutent, regardent intensément chacun avec une extrême attention. Dans son regard que je croise, j’imagine qu’elle cherche en nous ce qui répondra à sa création, à laquelle nous aurons peut être la chance de participer. Je suis très attentive et fais de mon mieux.
Le même jour, une 1ère sélection s’effectue, et j’ai la joie d’entendre mon prénom prononcé et d’être choisie pour la 2ème partie du casting. Je commence à rêver un peu plus de la suite mais me dis qu’il faut rester lucide.
Dans ce 2éme temps les exercices demandés deviennent de plus en plus complexes et nécessitent une intense attention observée par Déborah Warner. Le dernier, notamment, avec musique solennelle, me fait puiser au fond de moi même énergie, concentration pour tout donner de moi. J’en sors vidée et tellement heureuse !
Deborah Warner nous remercie chaleureusement de notre participation si active, précisant que nous avons vraiment offert ce qu’elle attendait de nous. Elle voudrait tous nous garder, mais malheureusement nous sommes 40 et autant dans le 2ème groupe. Elle ne pourra offrir qu’à 50°/° et offrir la chance de vivre cette extraordinaire aventure. Pour éviter la déception, je me dis que cette journée de casting est déjà exceptionnelle et j’attends la réponse sans trop y penser.
Et voilà : le téléphone sonne et j’entends cette voix qui m’annonce que je suis acceptée, oui je fais partie des 40 heureux élus ! Suis-je dans la vraie vie ? alors cela est possible ? je remercie 10 fois, 15 fois …..la personne de l’Opéra, lui dis de remercier 1000 fois Deborah Warner. Je suis dans un magasin, marche dans les allées, mais ne peux pas faire mes achats et ressors, car mes pensées sont ailleurs, à l’Opéra, où le rêve va commencer à se réaliser…et l’Opéra de Lyon ne sera pour moi, jamais plus comme avant !
150 heures de bonheur durant 2 mois, dans les salles de répétitions, les coulisses, sur scène. L’opéra devient un peu ma, notre 2ème maison. C’est un ressenti de joie et de privilège extrême lorsque j’arrive chaque fois devant le bâtiment, l’admire, avant d’emprunter l’entrée des artistes ! Ces frissons qui parcourent tout le corps et font tant de bien !
Et nous voilà, nous les 40 , à découvrir le mystère de la création artistique.
La 1ere répétition nous permet de commencer à nous « apprivoiser », pour nous fondre dans ce corps commun : nous sommes le « Community Chorus » qui va vivre l’expérience de l’Oratorio du Messie de Haendel crée en opéra par Deborah Warner,(déjà précédemment 1 fois à Londres), avec solistes et choristes (de l’Opéra de Lyon) acteurs, danseurs, enfants de la maîtrise, techniciens.
Les répétitions nous font entrer peu à peu dans la vie de l’Opéra : une vraie petite ville, une vie dans les entrailles du spectacle, déjà au sens propre car on ne voit jamais le jour, avec dans les coulisses tous les rouages et le travail de chaque technicien, l’énorme machine technologique, informatique, les décors, les lumières, le son en direct avec l’orchestre et celui enregistré, les accessoires, les costumes, le maquillage… L’opéra, c’est 13 niveaux dont 5 en sous sol, ce dernier dont l’on sort après la 1ère fois avec mal à la tête et poids sur le corps en raison de la profondeur. A l’opposé tout en haut, le grand studio du ballet avec ambiance et vue qui vous impressionne à jamais (surtout la nuit) sur l’hôtel de ville. Et les loges, les bureaux…
Peu à peu, à chaque répétition, la création prend corps, s’affine, avec les essais et les attentes, à la recherche du toujours mieux, se façonne et nous émerveille. Plus le temps avance, plus émotion et fébrilité se font sentir. Comment, avec autant de données à conjuguer, va-t-on parvenir à une œuvre aussi précise qui sera prête le jour J pour s’offrir au public ? Il faut tout donner, vibrer à l’unisson des 80 personnes qui sont sur scène.
L’expérience de la scène, des coulisses, de la salle nous apprennent la particularité de ces divers éléments. En même temps se tissent, se resserrent nos liens au sein du Community Chorus, avec une complicité des retrouvailles à chaque arrivée. Nous nous rapprochons aussi des professionnels choristes, danseurs… avec lesquels une certaine distance naturelle existait au début. Nous avons conscience que Deborah Warner a réussi la symbiose de sa création.
Et puis, ce sera la générale, et la première, et toutes les autres : les quelques secondes dans les coulisses, avant que le rideau ne se lève, alors que la voix off prononce « mesdames et messieurs, bienvenue à l’opéra de Lyon… », « ladys and gentlemen, welcome to the opera house of Lyon … », procurent un frisson dans tout le corps. Nous voulons vivre le spectacle pleinement de l’intérieur.
Durant les 2h45, la régisseuse générale ne pourra pas avoir une seconde d’inattention .C’est aussi le ballet de tous dans les coulisses, les montées et descentes d’escaliers pour aller de cour à jardin ou inversement. Tous se croisent, se retrouvent, se séparent à nouveau, chacun sait, où il doit être à chaque instant et ce qu’il doit faire, la « magie » de la coordination. Les danseurs qui ne prennent aucun repos, et oui, les muscles n’ont pas le droit de se refroidir. Et les solistes, qui en revanche, une fois sortis de scène, sont capables de quitter leur rôle, même pour quelques minutes, en parlant de tout autre chose.
Nos diverses interventions sur scène nous procurent de grandes joies, et on se dit « même pas peur » ! Les représentations vont s’enchainer, chaque soir plus chargées d’émotion. En même temps, lorsque la dernière approche, cette tristesse que l’on veut absolument repousser nous envahit et se mêle à la joie le dernier soir, au moment le rideau tombe sous les applaudissements, après la reprise de l’Alleluia.
Quatre ans plus tard, avec le festival « Mémoires » à l’Opéra de Lyon et la boîte à souvenirs , nous donnons (ceux qui se revoient régulièrement) quelques échos de cette magnifique aventure, dont nous ne sommes « pas sortis indemnes » comme nous le disait une régisseuse. Oui, après un tel vécu, l’après n’est plus comme avant, quelque chose s’est transformé. Merci l’Opéra de Lyon !
Martine


 

SOUVENIRS….
Je me souviens d’un après-midi où, en lisant mes mails, je tombe sur une annonce de l’Opéra.
Tiens, dis-je à ma fille, l’Opéra recherche des figurants bénévoles pour le Messie d’Haendel. C’est très tentant.
Sa réponse me laisse perplexe : « Eh bien envoie ta photo »
– Surement pas, je n’ai aucune chance avec la tête que j’ai
– N’importe quoi !
Et sans que je m’y oppose, elle remplit la fiche de candidature et l’adresse à l’Opéra.
A ma grande surprise, ma candidature est retenue.
Pour ne pas être déçue, je m’interdis de croire que je puisse avoir la moindre chance d’être choisie .
Mais voilà, je reçois « Le » coup de téléphone .
Plus moyen de reculer.
Tout s’enchaîne très vite : l’accueil par Déborah et son assistante, – moment impressionnant -, les « épreuves de sélection » et l’attente du verdict.
J’essaie de me raccrocher au côté positif des choses : qu’importe : je me serai bien amusée finalement, tout cela a un côté ludique, et d’ailleurs, ma vie n’en dépend pas.
Et puis, j’aurai vécu, une fois dans ma vie un casting de l’intérieur. J’aurai visité les entrailles de cette maison que je fréquente en visiteuse …
Et contre toute attente, je suis invitée à revenir en deuxième session, et…. je suis retenue.
Aujourd’hui encore, j’ai l’impression d’avoir vécu un rêve.
Pendant 3 mois, j’ai vécu au rythme des répétitions, puis des représentations, avec en tête, les notes du Messie, tournant en boucle jusqu’à l’obsession.
Et ce qu’il m’en reste, c’est la fierté d’avoir participé, certes très très très modestement, à la création d’un tel spectacle.
C’est le souvenir des moments intenses vécus avec les autres membres du Community Chorus :
* la découverte de toutes les phases de création de l’œuvre
* l’exigence et l’extrême précision de Déborah, les répétitions inlassables des scènes jusqu’à ce qu’elle décide que le résultat est conforme à ce qu’elle attend
* le professionnalisme de l’équipe de mise en scène qui savait s’adresser avec autant de maitrise aux professionnels et aux bénévoles
* le côté humain des solistes
* la découverte des costumes que Déborah nous avait choisis : ce moment où les choses sont devenues concrètes
* les petits gâteaux que nous mangions en coulisses entre deux apparitions sur scène
* les anecdotes amusantes qui ont émaillé ces moments comme le soir où Marie-Noelle, telle Cendrillon, est revenue avec une seule chaussure, ayant perdu l’autre sur scène
* les frissons ressentis chaque soir, à la fin du spectacle, lorsque les choeurs debout à côté des tombes, entonnaient l’Amen si beau si puissant et tellement émouvant.
Et par-dessus tout, l’émotion de la dernière représentation, l’Alléluia du rappel que pour une fois nous avons eu le droit de chanter, ce que nous avons fait de toute notre âme.
Et puis, le rideau est tombé, nous laissant une sensation de vide et une vague tristesse.

Ce fut une magnifique expérience et plus jamais, je ne pourrai écouter le Messie de la même façon. Déborah a réussi à créer une véritable communauté qui défie le temps puisque plus de 4 ans après, certains d’entre nous continuons à nous voir et toujours avec le même bonheur.

Pour cela, merci à toi, Déborah.

Maryse

 

Cataclysme

[Bruno – 1984]
Je ne sais pas pourquoi je suis allé voir Les Noces de Figaro à l’Opéra de Lyon… Je n’avais aucun atome crochu pour l’opéra ou le classique. J’avais environ 20 ans, étudiant en chimie à la Doua. J’ai acheté une place à 10 francs, ou peut être 5, pour écouter Mozart pendant 3h debout au paradis dans l’ancienne et si belle salle. Je suis allé voir les 6 ou 8 représentations. Thomas Hampson chantait le comte… Il devait débuter. J’ai été bouleversé par sa voix, sa présence, sa classe sur scène. Je n’ai aucun souvenir de la mise en scène ou des autres chanteurs. Juste une marque indélébile de ce si beau baryton qui me poursuit depuis. Il s est passé quelque chose ce soir, un cataclysme dans mon cerveau. La découverte de mon amour infini pour l’opéra. C’est pour ça que j’aime revenir à l’Opéra de Lyon.

Un Commandeur sidérant

 

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[ Thierry – 1991 ]

Je fréquente l’Opéra de Lyon depuis plus de trente ans … mais mon premier souvenir marquant n’est pas lyonnais !
Il date d’une période transitoire, il y a plus de vingt ans, pendant que la salle faisait peau neuve et que la saison était « hors les murs ».
Quelle chance d’avoir bénéficié de ce « Don giovanni » au Théâtre de Mâcon, 800 places au compteur, salle presque confidentielle même si elle n’est pas à l’italienne. Version royale dirigée par Peter Eötvös !
Le final à l’ancienne, avec Commandeur empesé et explosion ultime, est resté gravé en moi. C’est l’un de mes plus beaux souvenirs de spectacle lyrique. J’ai été définitivement convaincu ce jour-là, de la puissance émotionnelle d’une belle version d’opéra.

Zelmira

 

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[Pauline – 2015]

Je me souviens. Je me souviens de mon discours : seule la mise en scène, lors d’une représentation scénique, peut apporter une complicité, un rapprochement entre l’écriture et les spectateurs. C’est la mise en scène qui fait du spectacle une œuvre originale puisqu’elle nous propose une interprétation unique de l’œuvre. Pas de mise en scène, pas d’illusion, pas de représentation. Je me souviens de ne pas différencier une représentation au théâtre d’une représentation à l’opéra. Pour moi les chants sont secondaires.
Je me souviens de Zelmira. De mon désarroi face à un ciné concert. Pas de mise en scène. Simplement les chanteurs. Puis je ne me souviens plus de rien. Excepté les voix. Les voix s’élevant sous le silence ému d’une salle muette. Le texte, l’histoire ? Impossible d’en raconter quoi que ce soit. Je revois bien, pourtant, des chanteurs debout, en ligne face à la salle, et deviner immédiatement Polidoro, Ilo, Zelmira, d’entendre les voix amples et puissantes. Je me souviens de Patrizia Ciofi, de sa présence impressionnante. Je me souviens d’être scotchée à mon fauteuil sans pouvoir dire un mot, et d’être transportée simplement à travers leurs chants, dans l’univers de la pièce, de découvrir leurs émotions en même temps qu’eux. Complète ignorante dans le domaine vocal et musical, je pris tout de même conscience que quelque chose se jouait, dans ces voix, une technique impressionnante, une profonde intensité. Ce soir-là, je me souviens que tout, pour moi, fut transmis par le chant et par rien d’autre. Que là se trouvait le message de la pièce et qu’une mise en scène n’aurait été d’aucune utilité. Je me souviens de cette découverte.

Cendrillon

cendrillon-et-prince_copyright-michel-cavalca[Céline – 1985]

Mon plus beau et plus impressionnant souvenir est bien sûr ma rencontre avec l’art et le lieu. 1985, l’école nous emmène voir Cendrillon, j’ai 12 ans. J’en ressors transformée et convertie à jamais. Ce fut comme une révélation. Et cette année j’ai fait découvrir grâce à vous Bastien Bastienne de Mozart à mes deux filles de 7 et 5 ans, le flambeau est assurément transmis.

Britten

[Frédérique – 1981]

Mes parents avaient une idée de la culture musicale très particulière. Eux non musiciens. Mais avec mes frères, nous avons tous les trois fait du violon.
Et moi du piano en plus. Et j’ai persévéré puisque je suis devenue professionnelle.
Ma grand-mère venait tous les hivers, quelques jours chez nous à Lyon. Et il était d’habitude d’aller une fois au cinéma, et une fois à l’Opéra durant l’hiver. À la suite du spectacle, elle nous offrait un chocolat chaud. Cet hiver là, c’était Le Petit Ramoneur de Britten. Une révélation de voir ces enfants de la Maîtrise chanter ; je revois leur costume noir et leur maquillage de suie. Je me suis dit, c’est ça que je veux faire : être sur scène, jouer et être applaudie.
Je me souviens de Madame Butterfly de Puccini et ces costumes rouges/dorés.
Et aussi La Petite flûte
De la magie plein les yeux. Mon frère avait 4 ans, il disait « j’aime m’endormir sur maman avec de la belle musique ».
Mon fils a fait la Maîtrise.

Le Casse-noisette

[Anne – 1980]

C’était dans les années 80, j’avais une vingtaine d’années. L’Opéra de Lyon ? Pas pour les jeunes ! Je connaissais des airs, oui. Mon grand-père toscan chantait (faux) à tue-tête des airs de Verdi, Puccini, Rossini. Dans sa voiture, on avait droit aux cassettes enregistrées, énormes celles-ci, je me souviens, de la taille d’une demi tablette numérique mais en beaucoup plus épais… Loin d’être réfractaire, je me laissais porter par ces voix particulières, le temps du voyage. Puis je retournais vers mes « classiques » : Véronique Sanson, Jean-Jacques Goldmann, Kate Bush etc. Ma mère mettait des vinyles de grands airs de musique classique, pendant qu’elle repassait le linge le samedi après-midi, ce qui me replongeait en classe de Cm2 quand la maîtresse nous en faisait écouter sur un poste de radio.
Qui a eu l’idée de me « traîner » à l’Opéra de Lyon ? Mes grands-parents, sans doute. Ils aimaient assister aux grands spectacles de fin d’année. Et me voilà dans l’antre des têtes chenues. Estomaquée, impressionnée, éblouie par ces loges revêtues de velours rouge, le majestueux rideau sur la scène et les musiciens déjà présents s’accordant dans une fausse joyeuse cacophonie dans le brouhaha du public qui s’installe. Certains musicos, les cuivres, se serrent dans de petites loges particulières sur les côtés de la scène. Je viens de pénétrer dans un autre univers, féérique et mystérieux, feutré et bruyant à la fois. Tous les contes, toutes les légendes vivent ici et leurs petits peuples habitent secrètement dans les coulisses ou plus haut, dans les combles, j’en suis certaine ! Rien n’a débuté et pourtant je suis déjà transportée. Ou plutôt, le voyage a commencé dès le franchissement des portes de l’Opéra. J’ai oublié la présence de ma famille, ma grand-mère me fait signe de m’asseoir. Les lumières baissent, les voix se taisent. Le chef d’orchestre semble s’ébrouer, lève sa baguette, puis l’agite tandis que le rideau s’ouvre. La musique de Tchaïkovski envahit la salle plongée dans l’obscurité, les danseurs s’élancent, la magie opère.
Jamais je n’oublierai ce Casse-noisette, cette rencontre avec l’Opéra de Lyon. La musique touche tous les cœurs, tous les âges, il suffit de pousser la porte…

Pris par le coeur

[Annie – 1972]

Je crois que c’était l’année de cinquième ; la prof’ de musique Mme F. avait dit:
 » les élèves qui sont intéressés pour aller écouter un opéra à Lyon, rendez-vous sur le parking de Saint Romain en Gal à 19h »
Mes parents avaient du trouver ma demande bizarre, car la musique classique et l’opéra c’était un peu loin de notre monde.
Mais bon c’était dans le cadre de l’école alors… J’ai reçu l’autorisation et les quelques francs pour la place.
Peu de camarades avait répondu à l’appel et la prof a pu tous nous « caser  » dans sa voiture !
Ce soir là, le désir de nous échapper de notre petite ville, sans les parents, a sûrement autant compté que notre curiosité pour ce que nous allions écouté !
Arrivés à l’Opéra, nous avons grimpé tout là-haut, laissant étage après étage le « gratin lyonnais » sur son 31, jusqu’à arriver au « poulailler ».
C’était là notre place, aux côtés des étudiants fauchés; assis sur les sièges de bois, il fallait se pencher et se contorsionner derrière les piliers pour voir la scène !
Là, nous avons d’abord goûté au spectacle de la salle, fait un peu… beaucoup les marioles et sûrement bien énervée la prof, puis le silence s’est fait peu à peu, et, là, la musique nous a pris par le coeur…