Comment choisir ?

la_veuve_joyeuse_-_copie

[Danielle]

J’avais cinq ans. C’était encore l’époque des ors et des velours rouges de l’opéra. Je me trouvais dans une loge basse avec ma cousine d’un an plus jeune que moi. Notre grand-père, conseiller municipal, nous avait emmenées voir L’auberge du cheval blanc. Emerveillement. Princesses d’un soir, les comédiens nous parlaient en passant devant nous sur la passerelle qui cernait la fosse de l’orchestre. La musique, les costumes, tout nous enchantait. Emotions fortes de la première fois. Plus tard, à l’orchestre ou au balcon où j’avais la chance de me trouver souvent, en compagnie de ma grand-mère ou de mon père, j’ai ri, j’ai pleuré, je me suis révoltée contre tel ou tel héros. Je ne voyais pas la surcharge pondérale de Mado Robin en Rosine juvénile, je n’ai pas ri quand Suzanne Sarocca, en superbe Tosca, a poignardé Scarpia avec la fourchette qu’elle avait prise à la place du couteau. Je rêvais, je chantais. J’étais Lakmé, Madame Butterfly, Carmen, la Reine de la nuit et Papagena, Turandot, Suzanne et Barberine, la Traviata, Marguerite et tant d’autres. A une fête de famille, j’ai osé chanter la prière de Floria : Vissi d’arte, vissi d’amore.
Le temps a passé, la vie m’a éloignée un temps de l’opéra. Mais devenue artiste, j’ai durci et peint la robe que j’avais portée pour cette fête familiale et je l’ai nommée Tosca. J’ai réalisé aussi une Papagena et une Veuve joyeuse. Aujourd’hui je dessine à l’encre des divas. Je dis que j’ai été nourrie au lait de l’opéra.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s