Le Casse-noisette

[Anne – 1980]

C’était dans les années 80, j’avais une vingtaine d’années. L’Opéra de Lyon ? Pas pour les jeunes ! Je connaissais des airs, oui. Mon grand-père toscan chantait (faux) à tue-tête des airs de Verdi, Puccini, Rossini. Dans sa voiture, on avait droit aux cassettes enregistrées, énormes celles-ci, je me souviens, de la taille d’une demi tablette numérique mais en beaucoup plus épais… Loin d’être réfractaire, je me laissais porter par ces voix particulières, le temps du voyage. Puis je retournais vers mes « classiques » : Véronique Sanson, Jean-Jacques Goldmann, Kate Bush etc. Ma mère mettait des vinyles de grands airs de musique classique, pendant qu’elle repassait le linge le samedi après-midi, ce qui me replongeait en classe de Cm2 quand la maîtresse nous en faisait écouter sur un poste de radio.
Qui a eu l’idée de me « traîner » à l’Opéra de Lyon ? Mes grands-parents, sans doute. Ils aimaient assister aux grands spectacles de fin d’année. Et me voilà dans l’antre des têtes chenues. Estomaquée, impressionnée, éblouie par ces loges revêtues de velours rouge, le majestueux rideau sur la scène et les musiciens déjà présents s’accordant dans une fausse joyeuse cacophonie dans le brouhaha du public qui s’installe. Certains musicos, les cuivres, se serrent dans de petites loges particulières sur les côtés de la scène. Je viens de pénétrer dans un autre univers, féérique et mystérieux, feutré et bruyant à la fois. Tous les contes, toutes les légendes vivent ici et leurs petits peuples habitent secrètement dans les coulisses ou plus haut, dans les combles, j’en suis certaine ! Rien n’a débuté et pourtant je suis déjà transportée. Ou plutôt, le voyage a commencé dès le franchissement des portes de l’Opéra. J’ai oublié la présence de ma famille, ma grand-mère me fait signe de m’asseoir. Les lumières baissent, les voix se taisent. Le chef d’orchestre semble s’ébrouer, lève sa baguette, puis l’agite tandis que le rideau s’ouvre. La musique de Tchaïkovski envahit la salle plongée dans l’obscurité, les danseurs s’élancent, la magie opère.
Jamais je n’oublierai ce Casse-noisette, cette rencontre avec l’Opéra de Lyon. La musique touche tous les cœurs, tous les âges, il suffit de pousser la porte…

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